« Utiliser des grands modèles de langage pour évaluer l’interaction entre la sévérité des symptômes du trouble de stress post-traumatique et l’intolérance à l’incertitude : une étude d’évaluation écologique momentanée à grande échelle »

C’est le titre de cette étude qui m’a incitée à la choisir. Bien sûr, l’intolérance à l’incertitude (IU) et le TSPT me parlent, mais je n’avais pas anticipé à quel point.
Il s’agit de tester l’efficacité de grands modèles de langage (LLM) pour évaluer les interactions entre l’IU et la sévérité des symptômes du TSPT. Savoir comment fonctionne cette interaction et pouvoir anticiper le processus et l’atténuer sont les objectifs de cette étude.

L’intolérance à l’incertitude fait anticiper à la personne qui la vit au quotidien tous les évènements négatifs qui pourraient survenir, rationnellement ou pas, afin d’en contrôler les effets ; il en résulte une bonne organisation (pratique pour les proches…) mais qu’elle paye par une tension permanente dont on imagine les effets secondaires physiques (hypertension artérielle, mais aussi musculaire, du cou à la vessie en passant par le dos…) et psychologiques (difficile d’être serein et dans l’instant présent : on voudrait en profiter, mais en ayant hâte qu’il soit fini, sans incident, afin d’ être soulagé). Je vis cet état depuis des décennies.

Les auteurs parlent de génération de stress par les individus qui amplifie leur exposition quotidienne au stress, entretenant ainsi la chronicité du TSPT. Ma psychiatre m’en a justement fait la remarque la dernière fois : « vos symptômes ne disparaissent pas, c’est comme si vous les entreteniez. » Les individus les plus marqués par le TSPT ont des symptômes constamment élevés sur des décennies, même s’ils ont bénéficié de thérapies spécifiques. Cette étude a donc un enjeu majeur.

Les grands modèles de langage sont utilisés pour détecter dans l’expression orale de personnes souffrant de TSPT les expressions caractérisant l’intolérance à l’incertitude. On leur demande de réaliser une vidéo quotidienne de quelques minutes, résumant leur vécu et leurs humeurs du jour, afin de corréler cette analyse avec la description de leurs symptômes du jour. On peut ainsi distinguer l’intolérance à l’incertitude de base de l’individu de celle qui varie au quotidien en fonction de son vécu du moment.

Les résultats montrent que l’une comme l’autre semble agir comme un catalyseur de l’autre : une IU plus importante à un moment donné est associée à une augmentation des symptômes du TSPT le lendemain, mais des symptômes de TSPT plus importants sont également associés à une IU plus élevée le lendemain.

Il reste à consolider les connaissances sur l’interaction entre l’intolérance à l’incertitude et les symptômes du TSPT en temps réel. Savoir comment l’IU interagit avec d’autres mécanismes impliqués dans la maintenance du TSPT. Parmi les processus cognitifs et affectifs du TSPT (rumination, inquiétude, sensibilité à l’anxiété, dysrégulation des émotions…), la rumination serait particulièrement corrélée à l’IU.
L’intégration d’indices dérivés du langage de l’IU dans des cadres de modélisation dynamique permet de quantifier les tendances cognitives implicites au fur et à mesure qu’elles apparaissent en parallèle aux symptômes du TSPT.

Il s’agit donc de soigner en brisant le cercle vicieux IU/TSPT, qui maintient la psychopathologie dans la vie quotidienne. Un objectif ambitieux quand on sait que la dynamique IU/TSPT varie d’un individu à l’autre, et que l’IU amplifie les réactions au stress et exacerbe les fluctuations des symptômes longtemps après l’exposition au traumatisme.


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