L’article que j’ai sélectionné présente la restitution d’échanges[1] qui ont eu lieu à l’occasion de la conférence « Préparation et intervention d’urgence en cas de traumatisme de masse[2] » qui s’est tenue à New York en juin 2025.

Intitulé « Quand on a vu une catastrophe, on les a toutes vues – Comment créer des solutions universelles en matière de santé mentale dans un monde diversifié ? », il propose un retour d’expérience croisée quant aux interventions en santé mentale à l’occasion des attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis et de celles du 7 octobre 2023 en Israël. A cela s’ajoute les enseignements de la psychiatrie transculturelle auprès des demandeurs d’asile érythréens et soudanais d’une clinique en santé mentale pour personnes exilées à Tel-Aviv. Le tout tente de dégager des principes universels, quel que soit le contexte culturel, pour mieux prendre en charge les populations lors d’un évènement traumatique de masse.

A la lecture du résumé de ce papier, je me suis étonnée de l’exercice d’avoir réuni et analysé des événements traumatiques aussi différents ; à la fois dans la manière dont ils s’inscrivent dans le temps, mais également en termes de culture, d’histoire politique et de zones géographiques. La promesse d’en tirer des « solutions universelles en matière de santé mentale » m’a paru osée.

De plus, j’ai observé une difficulté dans la traduction compte tenu du fait que le mot « trauma » en anglais désigne à la fois : l’événement traumatique vécu et les psychotraumatismes, c’est-à dire les troubles psychiques qui se développent après qu’une personne ait fait l’expérience d’un danger de mort. Cela a été un réel exercice et une vigilance de distinguer les deux pour une bonne lecture et compréhension de l’article.

Puis, c’est précisément la curiosité de l’exploration de ces éléments qui m’a permis de me reconnaitre dans les propos présentés : « quel que soit l’événement traumatique vécu, les conséquences sur la santé mentale présentent du commun ».

Ainsi les retours d’expérience partagés ici m’apparaissent comme importants et urgents à considérer afin :

  • d’améliorer et d’assurer une prise en charge à 360 degrés qui ne s’arrêteraient pas aux soins psychiques mais également à la question de l’accès au logement, à l’emploi, à l’accompagnement juridique, médicale, etc. La souffrance s’invite dans toutes les sphères de la vie quotidienne, elle doit être considérée et accompagnée de manière pluridisciplinaire et pluriprofessionnelle.
  • de développer une culture sensible au psychotraumatisme : les apprentissages mis en lumière dans cet article permettent, à mes yeux, de « faire soin » aussi bien en curatif qu’en préventif. Cet article contribue à nourrir la nécessité de basculer vers des politiques de prévention.
  • d’inscrire la question de la prise en charge du psychotraumatisme sur le plan politique, historique et culturel puisque l’article souligne bien que les événements traumatiques s’inscrivent dans une culture, une histoire et une politique donnée. Ce ne sont pas des problématiques individuelles. La question de la prise en charge de ses conséquences doit s’inscrire sur les mêmes plans.

Enfin, cette publication souligne la nécessité de prendre soin de celles et ceux qui prennent soin. Lorsque ces derniers sont eux-mêmes soumis à rude épreuve, c’est toute la chaine de prise en charge en santé mentale qui s’effondre. En effet, le psychotraumatisme est une matière hautement inflammable, dans le sens où être à son contact n’est pas anodin : il peut réveiller des traumatismes enfouis, activer des reviviscences, etc. Nous avons des standards transnationaux avec un cadre très strict pour identifier et manipuler des matières chimiques dangereuses de manière sécurisée afin de protéger la population et l’environnement (ex : cadre réglementaire européen REACH). Pourquoi n’en aurions-nous pas également un pour les psychotraumatismes ?


[1] Ce papier est un commentaire d’un article.

[2] Preparedness and Acute Intervention for Mass Trauma Conference – PreAct Conference

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