À mon sens, l’impact délétère des cognitions négatives sur les parcours de soins et le quotidien est important, c’est une expérience que j’ai vécue et c’est en partie d’abord pour cette raison que cette étude a retenu mon attention. Celle-ci met en évidence une corrélation entre les cognitions négatives de soi (par exemple : « je suis trop faible », « je n’y arriverai jamais », « je suis un poids pour les autres » — toutes des pensées qui m’ont personnellement traversées) et l’intensité des symptômes dissociatifs tels que la dépersonnalisation ou la déréalisation, sans toutefois montrer de lien de causalité entre ces deux dimensions.  

Elle ouvre des pistes de réflexion et de recherche intéressantes dans la mesure où les événements traumatiques peuvent être compris comme une rupture de l’intégrité physique, psychique et morale, mais aussi du lien à soi, aux autres et à la réalité. Dans ce cadre, cette rupture semble pouvoir se prolonger dans le temps à travers les symptômes dissociatifs et les cognitions négatives, souvent associées à une forte dimension de honte. Cette lecture amène dès lors à interroger le rôle de ces cognitions dans le maintien des symptômes, ainsi que leurs implications possibles dans les parcours de soins et la compréhension clinique des troubles post-traumatiques. 

En tant que personne concernée, elle m’amène également à élargir la réflexion aux conditions sociales, culturelles, économiques et politiques dans lesquelles ces cognitions peuvent se construire et se maintenir. La valorisation de la performance, de l’utilité ou de la productivité de l’individu peut, selon mon expérience, contribuer à renforcer ces représentations négatives de soi.  

Dans cette perspective, il me semble que notre société tend encore largement à appréhender les individus à travers leur utilité pour le collectif, plutôt qu’à penser la manière dont le collectif peut également soutenir les besoins des individus. Il semble que ce soit pourtant très souvent au sein d’une partie du collectif que les violences déclenchant le trouble de stress post-traumatique trouvent leur origine et que cette tendance de notre société induise aux victimes, selon moi, un sentiment de responsabilité injuste et inadaptée vis-à-vis des conséquences qu’ont eu pour elles, ces violences. 

Ainsi, cette étude ouvre des perspectives à la fois cliniques et sociétales : cliniques, en éclairant certains mécanismes symptomatiques ; sociétales, en interrogeant les conditions susceptibles d’entretenir ou d’apaiser ces dynamiques. 

Enfin, reconnaître le rôle de ces dimensions sociales et systémiques ne vise pas à effacer la dimension individuelle du vécu traumatique, mais à mieux comprendre l’ensemble des facteurs impliqués, afin de favoriser un environnement plus soutenant et respectueux des personnes concernées. 

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