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Entretien avec Marie Rabatel

Les femmes autistes sont particulièrement vulnérables aux violences et au trouble de stress post-traumatique en raison de leur fonctionnement neurologique, des stéréotypes de genre et des dynamiques sociales. Leurs difficultés à interpréter les intentions malveillantes les exposent aux manipulations et aux agressions. Le camouflage social les pousse à tolérer des comportements toxiques par peur de l’exclusion, tandis que leur hypersensibilité sensorielle et émotionnelle amplifie l’impact des traumatismes. Souvent victimes de harcèlement et de marginalisation, elles sont fragilisées psychologiquement, ce qui augmente leur vulnérabilité. Leur difficulté à affirmer leurs limites et à exprimer clairement leur inconfort les empêche parfois de se protéger efficacement. Lorsqu’elles signalent des violences, elles sont souvent perçues comme moins crédibles et leur détresse est minimisée.

Marie Rabatel : TSA et TSPT

De plus, les professionnels manquent de formation, et les thérapies classiques du TSPT sont rarement adaptées à leurs besoins. Certaines possèdent une mémoire visuelle eidétique, ce qui renforce la persistance des souvenirs traumatiques et les plonge dans des flashbacks envahissants, rendant le processus de reconstruction plus difficile.

Les personnes autistes non-oralisantes font face à de grandes difficultés pour exprimer leur détresse ou obtenir un diagnostic de trouble de stress post-traumatique. L’absence de langage verbal complique la communication, surtout si les outils alternatifs sont inadaptés ou indisponibles. Leurs manifestations du TSPT, comme l’angoisse, les flashbacks ou l’évitement, sont souvent confondues avec des traits autistiques, ce qui entraîne une sous-évaluation de leur état. Certains comportements, tels que l’agitation, l’automutilation ou les crises, sont interprétés à tort comme propres à l’autisme plutôt que comme des signes de traumatisme. Le diagnostic est également entravé par des critères basés sur l’expression verbale des émotions, rendant l’évaluation difficile. Les outils diagnostiques sont souvent inadaptés, et les structures médicales manquent de protocoles spécifiques, limitant ainsi l’accès à un accompagnement adéquat. L’exposition à des environnements inappropriés, avec bruit, lumière agressive et interactions imposées, aggrave leur détresse et complique leur suivi médical.

Ces dernières années, des avancées notables ont vu le jour, notamment avec la création des centres IntimAGIR, la plateforme Mon Parcours Handicap et des modules d’autoformation à destination des professionnels. Ces initiatives permettent une meilleure reconnaissance des violences subies par les femmes TSA. Pourtant, de nombreux freins subsistent : elles peinent encore à être crues lorsqu’elles dénoncent des violences, et beaucoup ignorent qu’elles souffrent d’un TSPT faute d’un diagnostic adapté. Les structures d’accueil d’urgence et les dispositifs de protection ne répondent pas à leurs besoins. Le bruit, l’agitation et le manque de formation des professionnels compliquent leur prise en charge. Il est indispensable de poursuivre les efforts en renforçant la formation des intervenants, en adaptant les espaces d’accueil et en sensibilisant davantage l’ensemble des acteurs concernés.

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