Qu’est-ce qu’un événement potentiellement traumatique ?

Chacun d’entre nous – enfant, adolescent, adulte – peut subir un événement traumatique lorsqu’il.elle est exposé à la mort, à une menace de mort, à une blessure grave ou à des violences sexuelles.

Cette expérience peut être vécue d’une ou de plusieurs des façons suivantes :

  • en étant directement exposé.e (par exemple, être victime d’un accident de la route ou d’une agression),
  • en étant témoin (par exemple, être témoin d’une bagarre violente ou d’un accident du travail grave),
  • en apprenant qu’un proche, ami ou membre de la famille, a été confronté à un événement de ce type, de façon violente ou accidentelle (par exemple apprendre que son frère a été grièvement blessé dans un attentat),
  • en étant exposé.e de manière répétée ou extrême aux conséquences directes des événements de ce type (par exemple, intervenir de façon régulière sur des scènes de crimes ou des accidents).

Qu’est-ce qu’un traumatisme psychique ?

Un événement traumatique n’engendre pas systématiquement un traumatisme psychique. Dès lors qu’il balaie tel un cataclysme, les valeurs personnelles les plus intimes, la vision que chacun peut avoir de soi, des autres, du monde… on parle de traumatisme psychique. Telle la foudre qui s’abat sur le psychisme d’une personne et ne trouve pas de « sortie », elle y reste tapie et provoque une blessure invisible.
Cette blessure peut être plus ou moins grave et profonde et sa cicatrisation plus ou moins longue et compliquée. Aussi observe-t-on des évolutions variables d’une personne à une autre.


Certains événements sont-ils plus traumatisants que d’autres ?

Même si les événements traumatiques ont en commun la rencontre avec la mort ou une menace, leur impact peut varier en fonction de leur nature. Ce qui est particulièrement vulnérabilisant, ce sont les événements de violence humaine car ils induisent une perte profonde du sentiment de bienveillance et anéantissent la capacité de confiance en l’autre.


Que se passe-t-il quand on est confronté, de façon répétée, à des événements traumatiques ?

L’impact peut varier en fonction du nombre de situations potentiellement traumatiques que peut vivre une personne. C’est le cas d’une femme qui subit des violences répétées de la part de son conjoint. Ou celui des migrants.
Le fait d’être confronté à plusieurs événements au cours de sa vie, va majorer la probabilité de développer un traumatisme psychique majeur. On parle alors de traumatisme complexe.


Les enfants sont-ils protégés des traumatismes psychiques ?

Longtemps, on a cru que le jeune âge était un facteur de protection contre le traumatisme psychique. Or, les travaux récents montrent que l’enfant tout comme l’adulte peut subir des traumatismes psychiques. Il est même particulièrement vulnérable en ce que son niveau de maturité émotionnelle n’est pas suffisant pour lui permettre de comprendre l’événement vécu et pour lui donner du sens.


Comment comprendre les réactions que j’ai eues au moment de l’événement ?

Les comportements qui surviennent lorsqu’on est confronté à une menace sont innés et donc semblables d’un individu à l’autre. Notre première réaction est d’arrêter ce que nous étions en train de faire. Généralement, presque aussitôt, nous nous tournons vers la source de la menace et tentons d’en évaluer la dangerosité. Tout cela se passe très vite, sans qu’on en ait conscience. À cette étape, notre respiration et notre cœur s’accélèrent, nous pouvons transpirer, nous sentir oppressés, trembler ou uriner sur soi…


Si la source de la menace correspond à un réel danger, nous nous figeons sur place et tentons d’évaluer s’il y a une possibilité de nous en extraire ou d’y faire face.


Quand c’est possible, notre organisme privilégie des réponses de défense active car elles augmentent la probabilité de nous sauver la vie. Par exemple, si nous sommes assez loin du danger, nous cherchons à nous mettre rapidement en sécurité soit en nous cachant soit en fuyant. Si, au contraire, nous sommes en contact direct avec le danger, nous n’avons plus d’autre choix que la lutte et l’adoption d’un comportement de défense agressif pour éloigner ou détruire la menace.


Pourquoi n’ai-je pas su réagir au moment de l’événement ?

Quand on ne peut pas échapper au danger, des réponses de défense passive sont mobilisées. Elles ont pour objectif de réduire voire d’annuler toute souffrance physique et/ou morale. On a alors l’impression de ne plus rien ressentir, ni émotions ni sensations ni douleurs physiques. On se retrouve dans un climat d’irréalité, comme si nous n’étions pas concernés par ce que l’on est pourtant en train de vivre. Physiquement, on se sidère (tout notre corps se paralyse) ou on passe en pilote automatique (on fait des choses qu’on n’a pas activement décidé de faire comme errer sur le lieu ou rentrer chez soi alors qu’on est blessé). Les professionnels de santé parlent de « dissociation péritraumatique».


Qu’est-ce que la dissociation ? La réponse en image ICI


Pourquoi je ne me souviens pas de tout ce que j’ai vécu ?

La mémoire est capable en permanence de trier et de stocker les souvenirs d’expériences que nous vivons. Or, la confrontation traumatique met à mal cette capacité et entrave les possibilités de mémorisation. L’événement est alors mal « encodé » : beaucoup de détails sont mémorisés à l’état brut (odeurs, sons, sensations physiques…) et en dehors de tout contexte de temps et d’espace. C’est la raison pour laquelle on peut avoir l’impression d’avoir des trous de mémoire tout en revivant certains détails de l’événement sous forme de flashs ou de cauchemars.


Que se passe-t-il dans les jours suivants l’événement ?

DE 0 À 3 JOURS : LA PÉRIODE IMMINENTE

Durant cette période, il arrive souvent que la dissociation persiste et que l’on revive l’évènement à travers des pensées intrusives ou persistantes, des flashs (images soudaines de l’événement qui perturbent la pensée), des cauchemars. Dans le même temps, on essaie de trouver un sens à ce qui nous est arrivé. En fait, on tente de « digérer » émotionnellement l’événement, avec plus ou moins de succès.
Si on parvient à en parler, si les difficultés diminuent, le processus de cicatrisation se réalise normalement.




DE 3 JOURS À 1 MOIS : LA PÉRIODE DE LA TRANSITION

Cette période de transition est lourde d’enjeux en termes de résilience (retour à la normale, reprise des habitudes de vie). Elle est fonction de qui l’on est, de notre histoire antérieure, du soutien dont on bénéficie. Peu importe la nature de l’événement, c’est la gravité du traumatisme et la manière dont on s’y ajuste, ainsi que notre entourage, qui jouent de façon prépondérante.
On peut se sentir aux prises avec de nombreuses difficultés telles que :

  • Le manque de concentration : difficultés pour lire, pour regarder un film en entier, pour suivre une conversation ou ce que dit l’enseignant,
  • Le manque de patience, irritabilité, accès de colère,
  • Des troubles du sommeil : difficulté d’endormissement, sommeil agité,
  • Des réactions de sursaut, état d’alerte,
  • Des efforts volontaires pour éviter tout ce qui rappelle l’événement : refuser d’aller à tel endroit ou d’utiliser un véhicule ou d’aborder le sujet dans une conversation ou d’avoir un rapport sexuel par exemple,
  • L’incapacité d’éprouver des émotions positives comme la joie, la satisfaction,
  • La poursuite des pensées intrusives et des souvenirs envahissants,
  • Le maintien de l’état dissociatif.

AU-DELÀ D’1 MOIS : LA PÉRIODE DE LA MALADIE

C’est au cours de cette période qu’un médecin peut déterminer la présence ou l’installation d’un trouble de stress post-traumatique (TSPT). Celui-ci se caractérise par l’accentuation des difficultés précédemment énoncées : l’évitement devient envahissant allant jusqu’au repli social, les nuits sont peuplées de cauchemars, des émotions négatives s’installent de façon durable (colère, tristesse, culpabilité, peur…). Il existe des échelles d’auto-évaluation diagnostiques en particulier la PCL5.






QUAND ET QUI DOIS-JE CONSULTER ?

A chacune de ces périodes, les difficultés rencontrées peuvent être de fréquence et d’intensité variables. L’avis d’un professionnel de santé formé au psychotrauma est recommandé dès lors que ces difficultés entravent la vie quotidienne. Celui-ci peut vous apporter des conseils précieux et vous orienter vers les dispositifs adaptés à la situation vécue (centres de soin psychotrauma, associations d’aide aux victimes et médecine légale notamment). L’ensemble de ces acteurs peut vous aider à dépasser des difficultés qui vous paraissent insurmontables.


Psychiatre, psychologue, psychothérapeute… quelle différence ?


En cas d’événement de grande ampleur (catastrophe naturelle, attentat…), une offre d’accompagnement sociale et juridique ainsi qu’une offre de soin d’urgence sont déployées par les services de l’État. Un numéro national d’information est alors diffusé à la population et des lieux dédiés sont ouverts. Des professionnels formés au psychotrauma y sont affectés, ce sont les personnels des cellules d’urgence médico-psychologique (CUMP) .


Pourquoi les autres réagissent-ils ainsi envers moi ?

 « Je ne lui en parle jamais de peur de remuer le couteau dans la plaie », « Je ne veux la brusquer, j’attends qu’elle m’en parle », « Je ne sais pas comment aborder le sujet ». Vos proches peuvent se sentir démunis ne sachant pas quoi faire pour vous aider.
« Tu t’écoutes trop », « De quoi tu te plains, tu es vivante ». Ils peuvent aussi vous tenir des propos blessants dans une tentative maladroite de vous faire réagir.
« C’est de ta faute, fallait pas sortir en mini-jupe », « Avec ta façon de conduire, ça te pendait au nez ». Ils peuvent aussi reporter la faute sur vous pour se protéger eux-mêmes d’un tel risque ou pour trouver une cause rationnelle à l’événement.
« Je m’en veux de ne pas avoir été là », « J’ai échoué dans mon rôle de père protecteur ». Parfois, c’est la culpabilité qui les fait réagir. Le risque est alors grand de voir l’aide apportée détournée vers leur soulagement personnel.
« Ne t’inquiète pas, ça va passer », « Dans 1 an, tu n’y penseras plus », « Tu n’as qu’à faire un autre enfant ». Ils peuvent aussi ne pas comprendre l’ampleur des dégâts psychologiques provoqués par l’événement traumatique et ne pas concevoir que l’on puisse tomber malade et avoir besoin de l’aide d’un professionnel voire de soin.
Mais du fait des émotions ressenties (honte et culpabilité), on peut aussi, soi-même, taire ce qui nous est arrivé. On peut également vouloir protéger notre entourage de l’horreur de l’événement vécu.
Pourtant, toutes les études scientifiques montrent que l’écoute bienveillante dénuée de tout jugement est un facteur majeur pour surmonter les difficultés psychotraumatiques et s’engager sur le chemin de la résilience. Des phrases telles que « Je ne suis pas là pour te juger mais pour t’aider », « Je n’ai pas vécu ce que tu as vécu, je ne peux pas me mettre à ta place mais je peux au moins t’écouter » permettent de libérer la parole.


Quelles démarches dois-je engager ?

Que l’événement vécu relève ou non d’une infraction pénale, il est important de rester à l’écoute de soi et de ne pas négliger le retentissement potentiel du traumatisme.
En cas d’infraction pénale, il est impératif de faire reconnaître le préjudice en se rendant au commissariat ou à la gendarmerie pour déposer une plainte. N’hésitez pas, pour ce faire, à prendre rendez-vous par téléphone.

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