Progressivement, le CN2R offrira une veille des travaux de recherche sur le psychotraumatisme et la résilience dans le champ médical et des sciences humaines et de la société (par exemple, l’ensemble des publications scientifiques publiées dans des journaux avec comité de lecture). Cette analyse en temps réel de la production scientifique permettra alors d’identifier les acteurs clés sur un sujet donné, de suivre l’évolution des thématiques de recherche, mais également d’évaluer l’impact des organisations et des politiques de recherche dans le temps, au niveau national et international. L’outil de veille permettra également d’effectuer de manière ponctuelle des revues systématiques sur des thématiques précises afin de proposer des mises à jour des connaissances et d’identifier des manques.


Le top 3 du mois de décembre 2020

La réalité virtuelle, une piste concluante pour le soin du PTSD 

La thérapie d’exposition par réalité virtuelle entre en lice avec les autres psychothérapies pour soigner le trouble de stress post-traumatique (PTSD). Publiée en novembre 2020 dans Psychiatric Research, une revue systématique dirigée par le département de psychiatrie de l’Université d’Amsterdam soutient l’efficacité de cette psychothérapie immersive assistée par ordinateur comme une intervention efficace pour la régression des symptômes post-traumatiques.
Au cours d’une thérapie d’exposition, les souvenirs du traumatisme sont rappelés de façon vivante afin de les traiter et de diminuer les symptômes du PTSD. Basée sur ce principe, la réalité virtuelle immerge le patient dans un environnement numérique : il peut être entouré de grands écrans de projection ou muni d’un casque de réalité virtuelle sensibles au mouvement. L’environnement virtuel recrée alors les stimuli de peur via la vidéo, l’audio et parfois d’autres objets ou sensations tangibles, comme les odeurs.  Autant d’éléments qui offrent un sentiment de présence accrue au patient pendant la thérapie d’exposition.
Quand seuls 33 à 56 % des patients souffrant d’un PTSD bénéficient de rémissions à l’aide des thérapies classiques, la thérapie d’exposition par la réalité virtuelle constitue une piste de soin complémentaire prometteuse. 

Alexandra Pihen 

Lire la publication : Efficacy of immersive PTSD treatments: A systematic review of virtual and augmented reality exposure therapy and a meta-analysis of virtual reality exposure therapy – L V Eshuis, M J van Gelderen, M van Zuiden, M J Nijdam, E Vermetten, M Olff, A Bakker – Journal of Psychiatric Research – 2020 Nov


Le deep learning pour mieux cibler les profils des patients

Fort de sa capacité à intégrer un grand nombre de facteurs de risque connus pour le trouble de stress post-traumatique (PTSD), le machine learning a permis la prédiction d’un PTSD avec une précision supérieure au 90 %. Telle est la conclusion de la première étude épidémiologique à grande échelle mettant en œuvre cette méthode publiée en novembre 2020 dans la revue BMC Psychiatry par une équipe américaine du département de psychologie de l’Université de Yale.
Mieux déterminer les facteurs de risques du PTSD demeure un objectif important pour les cliniciens et les chercheurs. Car si vivre un événement traumatique constitue un critère nécessaire pour son diagnostic, il s’avère insuffisant : certaines personnes pourront traverser ces événements sans pour autant déclencher de PTSD.
Afin de mieux identifier les facteurs prédictifs du PTSD, des psychologues américains ont comparé les données d’une enquête nationale sur l’alcool et les conditions connexes (NESARC) récoltées en deux temps – en 2002 auprès de 43 093 personnes puis en 2005 – auprès de 34 653 personnes. À l’aide de méthodes statistiques basées sur l’apprentissage machine (deep learning), les relations entre les variables individuelles – exposition aux traumatismes, soutien social et psychopathologie – et les variables communautaires – informations démographiques, taux de criminalité, niveau d’éducation, taux d’emploi et économies régionales – ont pu être analysés puis comparés aux 2 785 personnes répondant aux critères de diagnostic du PTSD lors de la seconde vague. Or malgré la survenue de nombreux événements extrêmement indésirables au cours de la période de suivi de trois ans, l’exposition au traumatisme – ou proximal factors – représente un facteur de risque trois fois moins important (19 %) que les troubles de personnalité limite, troubles dépressifs majeurs ou troubles anxieux – ou distal risk factors (60 %) – dans le déclenchement d’un PTSD. En offrant un meilleur ciblage des profils cliniques, le machine learning ouvre la voie à une mobilisation plus efficace des ressources en santé mentale.

Alexandra Pihen 

Lire la publication : Prospective prediction of PTSD diagnosis in a nationally representative sample using machine learning – Michelle A Worthington, Amar Mandavia, Randall Richardson-Vejlgaard – BMC Psychiatry – 2020 Nov


L’accouchement n’est pas le seul responsable des stress post-traumatiques périnataux

Près d’une femme sur dix présente des symptômes de stress post-traumatique (SPT) six mois après un accouchement. C’est le bilan d’une étude anglaise menée auprès de 4 509 femmes de plus de 16 ans et publiée dans la revue Journal of Affective Disorders en novembre 2020. Outre l’apport d’une confirmation de l’ampleur des problèmes de santé mentale périnataux, les travaux des psychiatres de l’Université d’Oxford démontrent surtout que les facteurs liés au développement du SPT sont souvent sans rapport avec l’accouchement lui-même. Les trois quarts des femmes (6,8 %) attribuent leurs symptômes à d’autres événements passés ou ayant eu lieu autour de la grossesse. L’accouchement pourrait alors n’être que le déclencheur de la réapparition de souvenirs traumatiques. A contrario, seules un quart d’entre elles (2,5 %) considèrent l’accouchement comme le principal facteur de stress.
Les facteurs de risque d’apparition du SPT sont distincts également. Certains sont spécifiquement associés au SPT liés à d’autres événements comme l’absence d’un professionnel de santé à qui s’adresser pendant la grossesse ou l’admission du bébé en unité de soins intensifs néonataux. D’autres ne concernent en revanche que le SPT lié à l’accouchement, à l’image d’un jeune âge ou d’une origine ethnique britannique non blanche. Les derniers facteurs, enfin, sont communs aux deux types de SPT : vivre sans partenaire, anxiété ou dépression pendant la grossesse, problèmes de santé spécifiques à la grossesse, etc. L’identification précoce des femmes présentant des facteurs de risque de SPT post-partum, qu’ils soient liés à l’accouchement ou à d’autres facteurs de stress, est essentielle pour garantir une adéquation en temps et en heure des soins et des soutiens tout au long de la période périnatale. 

Alexandra Pihen 

Lire la publication : Prevalence and factors associated with postpartum posttraumatic stress in a population-based maternity survey in England – S E Harrison, S Ayers, M A Quigley, A Stein, F Alderdice – J Affect Disord – 2020 Nov

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