Le top 4 du mois de janvier 2021

Découverte inédite d’une protéine clé de la mémoire traumatique

La mémoire traumatique a trouvé sa responsable : lors d’un stress intense, une protéine synthétisée par l’hippocampe, et appelée PAI-1 (Plasminogen Activator Inhibitor-1) vient perturber la régulation de la mémoire pour engendrer des souvenirs traumatiques. Notamment connue dans le domaine de la cardiologie comme facteur de coagulation, cette molécule mise au jour chez des souris par l’équipe du Dr Jean-Michel Revest, spécialiste des maladies liées au stress au Neurocentre Magendie (Inserm U1215, Bordeaux), vient révolutionner notre compréhension des effets du stress sur la mémoire. 
Les réponses biologiques issues du stress suivent un schéma en forme de cloche. La performance mnésique en est un parfait exemple. Si un stress modéré augmente la mémoire et facilite l’adaptation, un stress intense peut induire des souvenirs pathologiques comme observés dans le Trouble de Stress Post-Traumatique (TSPT). Au cœur du phénomène se trouvent les hormones sécrétées lors d’un stress, appelées hormones glucocorticoïdes, dont la concentration augmente jusqu’à un point de rupture au-delà duquel les effets délétères de ces hormones apparaissent. « Toute la complexité est là : en fonction de l’intensité du stress et donc de la concentration d’hormones de stress, soit les effets sont bénéfiques, soit les effets sont délétères », expose Jean-Michel Revest qui s’attelle à détailler la voie de signalisation moléculaire sous-jacente pour la mémoire depuis 2005 et a publié ses derniers travaux en janvier 2021 dans la revue Molecular Psychiatry. Or ce mécanisme est régulé par une protéine appelée tPA (tissue Plasminogen Activator) : lors d’un stress modéré, les hormones glucocorticoïdes activent cette protéine afin de stimuler la mémoire. Mais en réponse à un choc intense, un choc traumatique ou un stress chronique, la concentration des hormones glucocorticoïdes augmente et génère la protéine PAI-1 qui bloque l’activité bénéfique du tPA et engendre la mémoire pathologique. 
Cerise sur le gâteau, la protéine PAI-1, mesurable à l’aide d’une simple prise de sang, offre deux perspectives prometteuses. Au niveau diagnostic et préventif, elle pourrait servir de biomarqueur afin de connaître la susceptibilité des individus à développer un TSPT. Au niveau thérapeutique, « nous avons réussi à bloquer l’activité de la protéine PAI-1 qui permet aux animaux de conserver une mémoire normale et non pathologique », se réjouit Jean-Michel Revest. La mémoire traumatique ne sera peut-être bientôt qu’un mauvais souvenir. 

Alexandra Pihen

Lire la publication : PAI-1 protein is a key molecular effector in the transition from normal to PTSD-like fear memory – C. Bouarab et al. – Molecular Psychiatry – 2021 Janv


La thérapie comportementale et cognitive aide les jeunes à dépasser le deuil pathologique

C’est une première. La thérapie comportementale et cognitive (TCC) prouve une efficacité durable pour affronter le trouble de deuil prolongé* chez les jeunes. « La TCC Grief Help renforce très efficacement les ressources émotionnelles des enfants et des adolescents à faire face aux défis à long terme rencontrés après un deuil », se réjouit Paul Boelen, psychologue impliqué dans la recherche sur les troubles du deuil prolongé chez les adultes depuis la fin des années 1990 et premier auteur de l’étude publiée dans la revue American Journal of Psychiatry en janvier 2021. Face à la perte d’un proche, 5 à 10 % des enfants et des adolescents souffrent de dépression, de trouble de stress post-traumatique (TSPT) et/ou de trouble de deuil prolongé. Pourtant, les thérapies efficaces manquent pour cette population. Forte de ce constat, des chercheurs néerlandais de l’université d’Utrecht ont comparé deux types d’intervention psychologique auprès de 134 jeunes de 8 à 18 ans souffrant d’un trouble de deuil prolongé – plus de trois ans après le décès – recrutés dans huit cliniques externes des Pays-Bas entre 2010 et 2015. La première intervention, appelée counseling, consiste en un soutien psychologique non directif. La deuxième, appelée TCC Grief Help, est une TCC découpée en cinq sessions – une confrontation avec la réalité du décès (exposition), une psychoéducation sur le deuil, une restructuration cognitive, des expériences comportementales pour freiner les comportements inadaptés puis la révision des habilités apprises. Dans les deux cas, les enfants/adolescents ont bénéficié d’un traitement de 9 séances de 45 minutes dont cinq en présence des parents. Or si les deux interventions ont permis, à court terme, de réduire les troubles de deuil prolongé et de stress post-traumatique, la dépression et les comportements problématiques relatés par les parents, la TTC Grief Help a entraîné des réductions significativement plus importantes et à long terme de ces symptômes. « Il est aussi très encourageant de voir que seulement neuf sessions de TCC associées au conseil parental peuvent soulager de manière aussi puissante la souffrance des enfants/adolescents qui restent bloqués dans leur deuil », ajoute Paul Boelen. 

* Ce deuil pathologique implique une détresse de séparation persistante avec une difficulté invalidante à avancer, qui perdure au-delà des six premiers mois du deuil. 

Alexandra Pihen

Lire la publication : CBT for Prolonged Grief in Children and Adolescents: A Randomized Clinical Trial – Paul A. Boelen, Ph.D., Lonneke I.M. Lenferink, Ph.D., Mariken Spuij, Ph.D. – American Journal of Psychiatry – 2021 Janv


Le soutien social de qualité, élément clé de la réduction des symptômes d’un trauma 

Un soutien social accru et de qualité réduit l’ampleur des symptômes du trouble de stress post-traumatique (TSPT). Telle est la conclusion de travaux menés par une équipe américaine dirigée par l’Université de Californie (Irvine). Publiée dans la revue Psychological Bulletin en janvier 2021, cette méta-analyse de 139 études est la première à évaluer les principaux modérateurs de la relation entre le soutien social auto-déclaré et les symptômes du TSPT. 
L’un des principaux objectifs des travaux de recherche était d’évaluer comment différents types de soutien social – soutien perçu, soutien reçu, soutien structurel et réactions sociales négatives – étaient associés à la gravité du TSPT. Or les résultats démontrent l’existence d’effets positifs indéniables entre le soutien social et la gravité du TSPT dans une grande variété de populations exposées à divers types de traumatismes. A noter que les effets néfastes des réactions sociales négatives prennent le dessus sur ceux, salutaires, d’un soutien social de bonne qualité. 
En outre, différents facteurs jouent sur l’ampleur de l’effet bénéfique du soutien social, à l’image du type de traumatisme. Les personnes souffrant de traumatismes à la suite de catastrophes naturelles sont notamment moins sensibles au soutien social que celles exposées au combat/à la guerre et à la violence interpersonnelle. Si l’âge, le sexe et l’origine ethnique n’ont pas d’influence sur l’ampleur de l’effet du soutien sur les symptômes, le pays d’origine en module aussi l’efficacité : les études provenant de pays occidentaux révèlent une efficacité supérieure à celles provenant de pays non occidentaux. Autre point important, le soutien social conserve sa pertinence à long terme.  Son impact sur la gravité du TSPT perdure longtemps après l’exposition au traumatisme. En outre, les patients peuvent bénéficier d’un soutien significatif provenant d’une grande variété de sources.  
Au vu de ces résultats, le développement de stratégies thérapeutiques visant à réduire les réactions sociales négatives en réponse à un traumatisme constitue un axe incontournable pour les futures recherches sur les interventions.

Alexandra Pihen 

Lire la publication : Examining moderators of the relationship between social support and self-reported PTSD symptoms: A meta-analysis – Alyson K. Zalta et al. – Psychological Bulletin – 2021 Janv


Psychose et traumatisme développemental : des voies psychologiques mises au jour 

Hallucinations, délires et paranoïa… les patients souffrant de psychose gagneraient à bénéficier du dépistage clinique d’un traumatisme développemental. 
Si l’expérience d’un traumatisme psychologique pendant l’enfance et/ou l’adolescence est associée à un risque accru de psychose à l’âge adulte, le mécanisme induisant cette vulnérabilité aux symptômes psychotiques demeure inconnu. Publiée dans la revue World Psychiatry en février 2021, la méta-analyse – 22 études publiées entre 2011 et 2020 – menée par l’University College London (UCL) fait la lumière sur les rôles potentiels des processus psychologiques impliqués entre le développement traumatique et des symptômes psychotiques spécifiques – hallucinations, délires et paranoïa.
Résultats, la dissociation, la dysrégulation émotionnelle et certains symptômes du syndrome de stress post-traumatique (SSPT) – évitement, engourdissement et hyperexcitation – jouent un rôle de médiation entre le traumatisme développemental et les hallucinations. De leur côté, les schémas négatifs – c’est-à-dire les croyances mentales dysfonctionnelles – peuvent engendrer délires et paranoïa. Un dépistage clinique minutieux des symptômes liés au traumatisme développemental permettrait donc de mieux cibler les interventions psychothérapeutiques des patients souffrant de psychose. En outre, une évaluation neurocognitive est nécessaire afin de comprendre pleinement les mécanismes biopsychosociaux sous-jacents à l’association entre le traumatisme développemental et la psychose.

Alexandra Pihen 

Lire la publication : Psychological processes mediating the association between developmental trauma and specific psychotic symptoms in adults: a systematic review and meta‐analysis – Michael A.P. Bloomfield et al. – World Psychiatry – 2021 Fev


Le top 3 du mois de décembre 2020

Le cercle infernal des victimes de violences sexuelles pendant l’enfance

A l’heure où le gouvernement français amorce une commission sur les violences sexuelles pendant l’enfance, une étude franco-canadienne alerte sur la vulnérabilité ultérieure des victimes face à la survenue d’événements similaires au cours de leur vie. Selon les travaux parus en décembre 2020 dans la revue Journal of Affective Disorders, les enfants victimes d’abus sexuels présentent un risque, appelé revictimisation, presque trois fois plus élevé de se mettre en danger à nouveau face à ce type d’événements dans leur vie future, ce qui engendrera en retour une complexification de leur état mental. « Des investissements sont nécessaires afin de prévenir les agressions sexuelles auprès des enfants, mais aussi pour améliorer la santé mentale des victimes », estime le professeur Daniel Derivois de l’Université Bourgogne Franche-Comté, responsable du partenariat entre les universités canadiennes et françaises ayant permis la réalisation de cette étude sur le Parcours Amoureux des Jeunes (PAJ-France).
Issus de questionnaires administrés à 2 309 jeunes français âgés de 14 à 23 ans, les résultats de l’étude font état de 13,1 % de violences sexuelles subies chez les filles et de 4,2 % chez les garçons. Des analyses plus poussées confirment en outre un lien de causalité systématique entre les problèmes de santé mentale ultérieurs et les violences sexuelles subies pendant l’enfance – seules les consommations d’alcool et de drogues, autres que le cannabis, font exception. Les filles présentent un niveau plus élevé de l’ensemble des troubles psychologiques étudiés – idées suicidaires, tentatives de suicide, problèmes d’extériorisation (agressivité, hyperactivité, inattention…), consommation de cannabis, détresse psychologique et stress post-traumatique. Les garçons quant à eux démontrent une susceptibilité accrue aux idées suicidaires, aux troubles d’extériorisation et à la consommation de cannabis. Ces derniers sont par ailleurs plus touchés par une complexité des symptômes. Enfin, la revictimisation à l’âge adulte, à son tour associée à une symptomatologie plus complexe, concerne les deux sexes.
Pourtant, la majorité des cas de maltraitance des enfants ne sont pas identifiés par les services de santé mentale. L’accent devrait donc être mis en temps utile afin d’évaluer ces situations de victimisation sexuelle pendant l’enfance puis d’en traiter les répercussions négatives afin de briser le chemin de la revictimisation.

Alexandra Pihen 

Lire la publication : Prevalence and associated mental health outcomes of child sexual abuse in youth in France: Observations from a convenience sample – Hébert, M., Smith, K., Caouette, J., Cénat, J. M., Karray, A., Cartierre, N., … & Derivois, D – Journal of Affective Disorders – 2020 Dec


Traiter le trauma et l’impulsivité concomitante pour prévenir le suicide

Le dépistage précoce d’un trouble de stress post-traumatique ainsi que la prise en charge de l’impulsivité concomitante chez les patients hospitalisés en psychiatrie pourraient prévenir le risque de suicide. Telle est la conclusion de travaux américains publiés dans la revue Journal of Psychiatric Research en décembre 2020 qui étudient la relation entre les hospitalisations liées au suicide et la présence de troubles de stress post-traumatiques (PTSD).
Parmi 188 adultes ayant subi un traumatisme au cours de leur vie et hospitalisés en psychiatrie, ceux admis pour des raisons liées au suicide (55,3 %) avaient près de quatre fois plus de risque de présenter un diagnostic provisoire de PTSD que leurs homologues admis pour d’autres raisons. Le lien entre la gravité des symptômes du PTSD et les hospitalisations liées au suicide était encore plus important pour les patients sujets à une impulsivité élevée. En outre, le sous-ensemble admis pour des raisons liées au suicide présentaient des symptômes de PTSD associés à une plus grande sévérité des idées suicidaires. Pourtant, seuls 3,2 % – contre 41,5 % de diagnostics probables de PTSD mesurés par les chercheurs de l’étude – d’entre eux avaient reçu un diagnostic de PTSD de leur psychiatre. Enfin, le nombre d’hospitalisations psychiatriques antérieures dans le même établissement est corrélé à la gravité des idées suicidaires pour les personnes ayant un diagnostic provisoire de PTSD.
A ces résultats s’ajoutent ceux d’une méta analyse australienne et américaine de 2019 faisant état d’un taux de suicides qui peut atteindre 6 % par an dans le premier mois suivant la sortie d’un patient psychiatrique hospitalisé. Il semble donc primordial de dépister et de traiter le PTSD et l’impulsivité concomitante chez les patients hospitalisés en psychiatrie afin de réduire le risque de suicides.

Alexandra Pihen 

Lire la publication : PTSD symptoms among trauma-exposed adults admitted to inpatient psychiatry for suicide-related concerns – Ian H. Stanley, Brian P. Marx, Terence M. Keane, Anka A. Vujanovic – Journal of Psychiatric Research – 2021 Jan


La thérapie comportementale dialectique (TCD) comme solution aux traumas complexes chez les femmes

La thérapie comportementale dialectique démontre son efficacité pour le traitement du trouble de stress post-traumatique (PTSD) complexe associé à des violences, sexuelles ou non, subies pendant l’enfance. Publiée en juillet 2020 dans JAMAPsychiatry, une étude allemande et américaine a comparé l’efficacité de la thérapie des processus cognitifs (TPC), reconnue pour son efficacité clinique pour le traitement du PTSD, et de la thérapie comportementale dialectique (TCD).
Développée par la chercheuse en psychologie Marsha Linehan, la thérapie comportementale dialectique (TCD) est une thérapie comportementale et cognitive (TCC) prenant en compte les spécificités propres à l’individu afin de lui permettre de passer par une étape d’acceptation de ce qu’il est tout en essayant de l’aider à changer. La TCD ajoute aux TCC des stratégies d’acceptation, des stratégies dialectiques et un entraînement à la pleine conscience. Elle a notamment démontré son efficacité pour le traitement des troubles de la personnalité borderline.
Afin de comparer les deux thérapies, les chercheurs ont recruté 193 femmes souffrant d’un PSTD associé à des violences subies pendant l’enfance dans trois cliniques allemandes au sein d’un essai clinique randomisé : 98 d’entre elles ont suivi une thérapie comportementale dialectique (TCD) et 95 une thérapie du processus cognitif (TPC). Les traitements ont été effectués à doses et à fréquences égales, jusqu’à 45 séances individuelles dans un délai d’un an et trois séances supplémentaires au cours des trois mois suivants. Or si l’amélioration est significative dans les deux groupes – dissociation, automutilation et comportements à haut risque –, la diminution de l’intensité des symptômes dissociatifs n’était significative que pour le groupe ayant reçu une TCD. Plus encore, les patientes traitées à l’aide de la TCD abandonnent moins en cours de thérapie (26 % contre 39 %), présentent des taux plus élevés de rémission symptomatique (58 % contre 41 %) – le taux de rémission précoce est en revanche plus élevé pour la TPC avec 9,5 % contre 2 % pour la TCD –, une amélioration (75 % contre 56 %) et une récupération (57 % contre 39 %) fiables.
Démonstration est ainsi faite de la pertinence d’une thérapie comportementale dialectique pour le traitement du PTSD complexe associé à des violences subies pendant l’enfance chez les femmes. De futures recherches permettront ou non de généraliser ce résultat aux hommes.

Alexandra Pihen 

Lire la publication : Dialectical Behavior Therapy for Posttraumatic Stress Disorder (DBT-PTSD) Compared With Cognitive Processing Therapy (CPT) in Complex Presentations of PTSD in Women Survivors of Childhood Abuse: A Randomized Clinical Trial –  Bohus, M., Kleindienst, N., Hahn, C., Müller-Engelmann, M., Ludäscher, P., Steil, R., … & Priebe, K. – JAMA psychiatry – 2020 juil


Le top 3 du mois de novembre 2020

La réalité virtuelle, une piste concluante pour le soin du PTSD

La thérapie d’exposition par réalité virtuelle entre en lice avec les autres psychothérapies pour soigner le trouble de stress post-traumatique (PTSD). Publiée en novembre 2020 dans Psychiatric Research, une revue systématique dirigée par le département de psychiatrie de l’Université d’Amsterdam soutient l’efficacité de cette psychothérapie immersive assistée par ordinateur comme une intervention efficace pour la régression des symptômes post-traumatiques.
Au cours d’une thérapie d’exposition, les souvenirs du traumatisme sont rappelés de façon vivante afin de les traiter et de diminuer les symptômes du PTSD. Basée sur ce principe, la réalité virtuelle immerge le patient dans un environnement numérique : il peut être entouré de grands écrans de projection ou muni d’un casque de réalité virtuelle sensibles au mouvement. L’environnement virtuel recrée alors les stimuli de peur via la vidéo, l’audio et parfois d’autres objets ou sensations tangibles, comme les odeurs.  Autant d’éléments qui offrent un sentiment de présence accrue au patient pendant la thérapie d’exposition.
Quand seuls 33 à 56 % des patients souffrant d’un PTSD bénéficient de rémissions à l’aide des thérapies classiques, la thérapie d’exposition par la réalité virtuelle constitue une piste de soin complémentaire prometteuse.

Alexandra Pihen 

Lire la publication : Efficacy of immersive PTSD treatments: A systematic review of virtual and augmented reality exposure therapy and a meta-analysis of virtual reality exposure therapy – L V Eshuis, M J van Gelderen, M van Zuiden, M J Nijdam, E Vermetten, M Olff, A Bakker – Journal of Psychiatric Research – 2020 Nov


Le deep learning pour mieux cibler les profils des patients

Fort de sa capacité à intégrer un grand nombre de facteurs de risque connus pour le trouble de stress post-traumatique (PTSD), le machine learning a permis la prédiction d’un PTSD avec une précision supérieure au 90 %. Telle est la conclusion de la première étude épidémiologique à grande échelle mettant en œuvre cette méthode publiée en novembre 2020 dans la revue BMC Psychiatry par une équipe américaine du département de psychologie de l’Université de Yale.
Mieux déterminer les facteurs de risques du PTSD demeure un objectif important pour les cliniciens et les chercheurs. Car si vivre un événement traumatique constitue un critère nécessaire pour son diagnostic, il s’avère insuffisant : certaines personnes pourront traverser ces événements sans pour autant déclencher de PTSD.
Afin de mieux identifier les facteurs prédictifs du PTSD, des psychologues américains ont comparé les données d’une enquête nationale sur l’alcool et les conditions connexes (NESARC) récoltées en deux temps – en 2002 auprès de 43 093 personnes puis en 2005 – auprès de 34 653 personnes. À l’aide de méthodes statistiques basées sur l’apprentissage machine (deep learning), les relations entre les variables individuelles – exposition aux traumatismes, soutien social et psychopathologie – et les variables communautaires – informations démographiques, taux de criminalité, niveau d’éducation, taux d’emploi et économies régionales – ont pu être analysés puis comparés aux 2 785 personnes répondant aux critères de diagnostic du PTSD lors de la seconde vague. Or malgré la survenue de nombreux événements extrêmement indésirables au cours de la période de suivi de trois ans, l’exposition au traumatisme – ou proximal factors – représente un facteur de risque trois fois moins important (19 %) que les troubles de personnalité limite, troubles dépressifs majeurs ou troubles anxieux – ou distal risk factors (60 %) – dans le déclenchement d’un PTSD. En offrant un meilleur ciblage des profils cliniques, le machine learning ouvre la voie à une mobilisation plus efficace des ressources en santé mentale.

Alexandra Pihen 

Lire la publication : Prospective prediction of PTSD diagnosis in a nationally representative sample using machine learning – Michelle A Worthington, Amar Mandavia, Randall Richardson-Vejlgaard – BMC Psychiatry – 2020 Nov


L’accouchement n’est pas le seul responsable des stress post-traumatiques périnataux

Près d’une femme sur dix présente des symptômes de stress post-traumatique (SPT) six mois après un accouchement. C’est le bilan d’une étude anglaise menée auprès de 4 509 femmes de plus de 16 ans et publiée dans la revue Journal of Affective Disorders en novembre 2020. Outre l’apport d’une confirmation de l’ampleur des problèmes de santé mentale périnataux, les travaux des psychiatres de l’Université d’Oxford démontrent surtout que les facteurs liés au développement du SPT sont souvent sans rapport avec l’accouchement lui-même. Les trois quarts des femmes (6,8 %) attribuent leurs symptômes à d’autres événements passés ou ayant eu lieu autour de la grossesse. L’accouchement pourrait alors n’être que le déclencheur de la réapparition de souvenirs traumatiques. A contrario, seules un quart d’entre elles (2,5 %) considèrent l’accouchement comme le principal facteur de stress.
Les facteurs de risque d’apparition du SPT sont distincts également. Certains sont spécifiquement associés au SPT liés à d’autres événements comme l’absence d’un professionnel de santé à qui s’adresser pendant la grossesse ou l’admission du bébé en unité de soins intensifs néonataux. D’autres ne concernent en revanche que le SPT lié à l’accouchement, à l’image d’un jeune âge ou d’une origine ethnique britannique non blanche. Les derniers facteurs, enfin, sont communs aux deux types de SPT : vivre sans partenaire, anxiété ou dépression pendant la grossesse, problèmes de santé spécifiques à la grossesse, etc. L’identification précoce des femmes présentant des facteurs de risque de SPT post-partum, qu’ils soient liés à l’accouchement ou à d’autres facteurs de stress, est essentielle pour garantir une adéquation en temps et en heure des soins et des soutiens tout au long de la période périnatale. 

Alexandra Pihen 

Lire la publication : Prevalence and factors associated with postpartum posttraumatic stress in a population-based maternity survey in England – S E Harrison, S Ayers, M A Quigley, A Stein, F Alderdice – J Affect Disord – 2020 Nov

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