Ces dernières années, plusieurs événements collectifs à forte répercussion émotionnelle, dont les attentats, les parcours de migration, les catastrophes naturelles et plus généralement l’ensemble des infractions pénales, ont contribué à augmenter l’exposition à des violences d’une partie de la population.
Mais des événements individuels peuvent également être vécus psychiquement comme un cataclysme.


Un événement traumatique est un moment de vie pendant lequel une personne s’est sentie réellement menacée, a craint pour sa vie ou celle d’un proche ou a été confrontée à la vision insoutenable d’un événement traumatisant, en tant que témoin par exemple.


Le jour J

La réaction de chaque être humain à une situation traumatisante peut mêler peur intense, sentiment d’impuissance, d’abandon ou d’horreur. Les réactions « sur le coup » peuvent être différentes selon les personnes :

  •  Agitation désordonnée, hurlements sur le lieu de l’événement 
  •  Sidération physique (impossibilité de bouger) et psychique (impossibilité de réagir)
  • Détachement du monde extérieur, errance ou retour chez soi automatique avec une amnésie de ce qui s’est passé. 
  •  Troubles physiques liées à l’angoisse aigüe : paralysie, ne plus pouvoir parler, entendre, hypertension, crise d’asthme, etc…

Parfois, dans les heures, ou les nuits qui suivent, la personne traumatisée « revit » l’événement, elle est « envahie » par ce qu’elle a subi ou vu, et donc se sent angoissée, elle ne se sent en sécurité nulle part, « exclue du monde des vivants ».


La honte d’avoir survécu peut s’installer (parfois inconsciemment). Certains se considèrent en « sursis, déjà mort » et ce sentiment les empêche de raconter à leurs proches ce qui s’est passé, ce qu’ils ne peuvent deviner. La culpabilité peut être aggravée par des facteurs tels que l’impuissance dans la catastrophe, ou parce que la personne n’a « pensé qu’à elle » durant l’événement ou parce qu’elle a été sidérée.


Les répercussions de ces réactions de stress et d’angoisse, visibles ou non, nécessitent des soins précoces structurés, précis. Les cellules d’urgence médico-psychologique (CUMP) sont spécialisées pour opérer ce qui est appelé « un debriefing » afin de prévenir totalement ou partiellement les souffrances. Leur action est déclenchée par le préfet en cas de catastrophe impliquant un grand nombre de personnes.


En cas de catastrophe individuelle, il vaut mieux se renseigner auprès du SAMU le plus proche et demander les coordonnées des consultations psychiatriques spécialisées en psychotraumatisme.


Et après ?

Parfois, après un événement traumatique, la personne traumatisée semble aller mieux et « faire face », pendant un certain temps qui peut être très variable : semaine, mois, année et même dizaines d’années… Et puis, sans cause précise, ou alors après un incident banal surviennent les troubles suivants :

  • Intrusionels : flash-backs ( images soudaines de l’événement qui perturbent la pensée), cauchemars, pensées persistantes et non voulues d’événement traumatisant, pulsions agressives ou suicidaires.
  • Cognitifs : manque de concentration, d’attention, problèmes de mémoire, difficultés à faire des calculs, à prendre des décisions, à résoudre des problèmes.
  • Émotionnels : culpabilité, dépression, chagrin, anxiété, peur, sentiment d’être dépassé ou perdu, perte de contrôle des émotions : colère, pleurs, agressivité, hyper vigilance (sursauts au moindre bruit ou autre).
  • Physiques : contractures musculaires, désordres gastriques, intestinaux, maux de tête, douleurs dans la poitrine, palpitations, fourmillements dans les membres, difficultés à respirer.
  • Comportementaux : silence excessif, refus du contact avec les autres, conduites d’évitement inhabituelles : refuser d’aller à tel endroit ou d’utiliser un véhicule etc…, troubles du sommeil : difficultés pour s’endormir, cauchemars, changement dans les habitudes de travail, perte d’intérêt pour des activités importantes « avant » de loisirs ou de bénévolat, alcoolisme, addiction aux drogues.
  • Sociaux : perte de confiance dans l’espèce humaine, sentiment d’avenir bouché.

Un seul de ces symptômes ne caractérise pas un trouble post-traumatique et seul un professionnel formé au psychotraumatisme peut donner un diagnostic fiable et assurer une prise en charge efficace grâce à une psychothérapie particulière et une pharmacologie adaptée.


La prise en charge des séquelles physiques et des troubles psychiques post-traumatiques est primordiale. De même que la reconnaissance en tant que victime par la société, la mise en œuvre des processus d’aide et d’indemnisation. Il convient donc de ne pas rester seul.e et de contacter de l’aide.


Une approche étendue du psychotraumatisme

Les troubles post-traumatiques sont très larges et concernent tous types de victimes. Notamment :


De quoi les victimes de tels événements ont-elles besoin ? De reconnaissance, de justice, de vérité, de soins, de continuité (et de possibilités d’aide dans le temps long), de réparation, de lien. Bref, d’une dynamique positive renforçant la capacité d’aller de l’avant.


Résilience

« La résilience humaine ne se limite pas à une attitude de résistance, elle permet la construction, voire la reconstruction » (Vanistendael et Lecomte 2000). La résilience peut aussi définir la capacité d’une société, profondément atteinte par l’épreuve, par un choc, non seulement à retrouver son équilibre antérieur mais, davantage encore, à se construire un avenir plus positif encore (Peschanski 2010).


Nous entendons donc ici par résilience : la capacité à retrouver un nouvel équilibre dans la vie après un événement tragique, potentiellement traumatique. La résilience, même si elle peut résulter pour une part de facteurs individuels, peut être mobilisée, renforcée, à travers des interventions visant à la fois les niveaux : individuel, familial et communautaire. 


Kintsugi, l’art de la résilience

Entendu lors d’un congrès, une métaphore apaisante !


Je suis un vase. Plutôt beau, utile, il plait beaucoup à tous ceux qui s’occupent de lui, le bichonnent avec tendresse, ou bien le regardent de loin, sans trop oser y toucher finalement.
Tout nouveau tout beau !
Mais voilà, cela n’a pas duré…


Bing, un coup maladroit et il s’est fendu.
Bang, ce jour-là il n’était pas à la bonne place, au bon endroit et il a reçu un coup qui lui a laissé une bien vilaine trace.
Boum, c’est une rage incompréhensible, peut-être sournoise qui l’a heurté violemment, le laissant par terre, ébréché.
Quelqu’un l’a remis à sa place et vraiment en le tournant d’une certaine façon, on n’y voit pas trop de dégâts.
Bing, un coup de vent, la fenêtre s’est ouverte et voilà encore une fente.
Cela commence tout de même à faire beaucoup pour ce vase qui commence à être un peu branlant.


Des années passent. Dans son coin, ce vase, se rapetisse, comme il est fendu, on hésite à s’en servir. D’ailleurs les beaux bouquets, il n’en veut plus non plus, il a bien peur de ne plus savoir quoi en faire.


Aie. La maison brûle t-elle ? Une personne mal intentionnée décide de tout casser ? On ne sait. Mais le vase se retrouve en morceaux. Par terre. Cassé. Enfoui , perdu.


Ce vase, même cassé, il ne peut pas en rester là.
Il y a l’ amour de tous ceux qui sont autour de lui.
Il y a le savoir faire de ceux qui savent recoller les morceaux et qui le font avec patience et détermination.


Du temps passe. Longtemps parfois. Car le vase est vraiment en piteux état.
Parfois, on recolle tout, ça a l’air bien. Mais pas de chance, on n’a pas vu un gros morceau hideux, venu d’on ne sait où, incrusté à l’intérieur ; et qui pousse le tout à se briser de nouveau.
Alors on recommence.


A force le vase, commence à reprendre de l’allure, même s’il est recollé de partout. Il n’est bien sûr plus du tout comme avant. 
Il est même assez différent mais il a une certaine beauté : une vraie mosaïque ; une oeuvre unique ; un air tellement énigmatique pour certains ; et pour d’autres, c’est juste leur vase.
Leur sacré vase ! LE VASE ! 
Celui qu’on ne laissera jamais à l’abandon ; en morceaux éparpillés sans réussir à lui redonner une forme. Le vase qu’on aime tant. 
Le vase qui doit réussir ultimement à s’accepter et s’aimer lui-même.


Nous sommes tous des vases…. Fragiles et réparables.

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