Un extrait de l’article du Dr François Ducrocq (CHU de Lille), paru dans la revue Stress et trauma en 2009 ; 9 (4) : 199-200 et publié avec son aimable autorisation.


(…) Les études épidémiologiques dans le cadre du psychotrauma ont été essentiellement américaines jusque ces dernières années. On peut néanmoins relever deux grandes études de santé mentale européenne (ESEMeD, 2003) et française (Enquête SMPG, 2003) dans lesquelles l’ESPT est inclus.


Les événements potentiellement traumatisants les plus évoqués dans l’ESEMeD sont la mort inattendue d’un être proche (24,6%), avoir été témoin de la mort ou de la blessure grave d’une personne (20,6%), être porteur d’une maladie mortelle, et avoir été impliqué dans un accident de la circulation (11,7%).


Les principales études européennes se rejoignent autour du pourcentage de personnes en population générale qui ont été un jour ou l’autre confrontées à un événement traumatique (30,2% selon la SMPG), ainsi que du pourcentage de personnes présentant un ESPT chronique (1,9% selon l’ESEMeD), soit en France presque 20 millions et 122 000 personnes respectivement.


Les femmes ont deux fois plus de risque de développer un ESPT, mais elles sont deux fois moins exposées que les hommes à un événement traumatique, ce qui explique l’équilibre sexe-ratio. Ces études constatent également que l’ESPT est fréquemment comorbide, c’est-à-dire plus souvent associé que ne le voudrait la loi du hasard à une autre pathologie :
– un épisode dépressif (39,1% des cas),
– une dépression récurrente (17,5%),
– un trouble anxieux généralisé (61,5%),
– un trouble panique (18,6%),
– une phobie sociale (15,9%),
– des troubles liés à l’alcool (13,5%) ou aux drogues (11,4%),
– et surtout à un risque suicidaire (30,9%).


Concernant ces comportements suicidaires, l’enquête SMPG révèle que 7,7% des personnes souffrant d’un ESPT ont fait une tentative de suicide dans le mois écoulé. Cette même étude montre par ailleurs que, comparativement aux personnes ayant un emploi, les chômeurs souffrent deux pus d’ESPT (15% versus 7%).


Les travaux qui ont étudié le poids de l’ESPT incomplet sont beaucoup plus rares, mais une prévalence instantanée de près de 12% sur 686 personnes venues consulter pour des soins de routine, « tout venant », a été établie par Stein (2001). La prise en considération de ce concept d’ESPT-I augmenterait significativement la prévalence des diagnostics positifs. Ces personnes ont une vie souvent très perturbée, tant affective que sociale ou professionnelle.


Si l’on projetait les résultats des différentes études sur les 76 700 accidents corporels de la route en France en 2008, voici ce qui pourrait être obtenu :
– 4 450 tués -> +/- 35 000 endeuillés -> +/- 8 000 traumatisés psychiques,
– 96 900 blessés -> +/- 45 000 traumatisés psychiques directs chaque année -> 20 000 ESPT chroniques,
– un nombre inconnu de témoins ayant assisté à l’accident ou ayant été présents dès les premiers instants… Si l’on projette sur 50 000 témoins -> +/- 70 000 traumatisés psychiques,
– les intervenants (pompiers, personnel Samu, gendarmes…) -> +/- 10-15% des effectifs.


Ces études mettent en évidence que ces traumatismes psychiques auront des conséquences importantes aux niveaux :
psychologique et psychiatrique (+/- 50%) avec troubles associés : dépression majeure, abus de substances (alcool, tabac, drogues, médicaments), risque de suicide multiplié par huit, troubles anxieux, phobiques, trouble panique, troubles alimentaires, troubles du sommeil, difficultés de concentration.
somatique : douleurs diffuses, troubles dermatologiques, digestifs, cardiovasculaires, hormonaux, gynécologiques, diabète, hypertension, migraines…
social, relationnel, familial, professionnel : fonctionnement quotidien très inférieur à ce qu’il était avant l’événement, sentiments de défiance conduisant à l’isolement, sentiment d’insatisfaction irritabilité, divorces fréquents, instabilité professionnelle, absentéisme, impossibilité de travailler d’où une perte d’emploi.
économique : augmentation de 40 à 100% de la consommation de biens de santé. L’étude australienne de Mc Farlane (2008) a chiffré en 2003 le coût médical et économique à 3,9 millions d’euros pour 391 victimes d’accident de la route. les accidentés présentant un ESPT chronique ayant « couté » à la société le double des personnes indemnes de ce trouble. Il faut ajouter à cela le coût de la prise en charge sociale : chômage, reconversion.. La perte de richesse de la famille suite à un divorce. Le coût de l’éclatement familial : allocations diverses (parent isolé, logement, frais de scolarité des enfants…).


En conclusion l’analyse des données fournies par les études révèle l’ampleur du nombre de personnes souffrant d’ESPT, ainsi que du coût médical et social de sa chronicité, en raison de son intensité, de son caractère très invalidant et de son importante comorbidité, dont notamment le risque suicidaire. Ce trouble, dont le dimensionnement est bien cerné, doit maintenant s’inscrire dans une véritable préoccupation de santé publique, car bien qu’insuffisamment reconnu tant en psychiatrie, qu’en médecine générale, il est accessible à des soins structurés et efficaces, tant psychothérapeutiques que pharmacologiques.

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